Michel Orcel, La Divine Comédie

Fondation Saint-John Perse.

Dante, Inferno, Canto III
Traduzione dall’italiano al francese di Michel Orcel

Luigia Sorrentino legge il Canto III dell’Inferno

 Enfer

Chant III

 

PAR MOI L’ON VA DANS LA CITÉ DOLENTE,

PAR MOI L’ON VADANS L’ÉTERNE DOULEUR,

PAR MOI L’ON VA PARMI LA GENT PERDUE.

 

 

JUSTICE MUT MON SOUVERAIN FACTEUR :

ME FABRIQUA LA DIVINE PUISSANCE,

LE SUPRêME SAVOIR, L’AMOUR PREMIER.

 

 

IL N’Y EUT DEVANT MOI CHOSES CRÉÉES

SINON ÉTERN’ ET JE DURE ÉTERNEL.

LAISSEZ DONC TOUT ESPOIR, VOUS QUI ENTREZ.  

 

 

Ces mots Écrits d’une obscure couleur,

Etaient gravÉs au sommet d’une porte,

Et je dis : « Maître, oh leur sens m’est bien dur ! »

 

 

Et lui à moi, comme personne accorte :

« Ici convient de lâcher tout soupçon ;

Ici convient que toute peur soit morte.

 

Nous voici parvenus au lieu prÉdit

Où tu verras les âmes douloureuses

Qui ont perdu le bien de l’intellect. »

 

Et puis, comme sa main touchait la mienne

D’un air heureux, d’où je tirai confort,

Je pÉnÉtrai dans les secrètes choses.

 

Là-bas soupirs, plaintes, gÉmissements,

RÉsonnaient par les airs privÉs d’Étoiles,

Si bien que je me pris à larmoyer.

 

Dialectes inhumains, horribles langues,

Paroles de douleur, accents de rage,

Cris acres, sourds, et bruits de mains froissÉes

 

Faisaient tout un tumulte à la grand’ ronde

Dans cet air noir que ne rythme aucun temps,

Comme l’arène agitÉe par la trombe.

 

Moi, qui avais la tête d’horreur ceinte,

Je dis : « Qu’est-ce donc, Maître, qu’on entend ?

Que sont ces gens si vaincus de douleur ?

 

Et lui à moi : « C’est l’État pitoyable

Que connaît l’âme triste de tous ceux

Qui vÉcurent sans blâme et sans louanges.

 

Ils sont mêlÉs au mauvais chœur des anges

Qui, sans se rebeller, ne furent point

Fidèl’ à Dieu, mais s’Écoutèrent seuls.

 

Les cieux, pour n’être pas moins beaux, les chassent,

L’Enfer profond ne les reçoit, pour que

Les coupables n’en tirent quelque gloire. »

 

Et moi : « Quel est ce lourd fardeau, mon Maître,

Qui les pousse à lamenter si fort ? »

« Te vais le dire en bref, rÉpondit-il.

 

PrivÉs de l’espÉrance de la mort,

Leur vie aveugle est si vile et si basse

Qu’ils sont envieux de n’importe quel sort.

 

Toute mÉmoire d’eux le monde efface ;

Droit et pitiÉ les tiennent en dÉdain ;

Ne devisons pas d’eux, regarde et passe. »

 

Et, regardant, je vis une bannière

Qui courait à la ronde à telle allure

Qu’ell’ semblait incapable de repos.

 

 

Et lui venait après si longue foule

Qu’au grand jamais je n’aurais cru que Mort

Pût en dÉfaire une telle abondance.

 

Et quand j’en eus ravisÉ quelques-uns,

Je vis, je reconnus l’ombre de cil

Qui fit par lâchetÉ le grand refus1.

 

Incontinent je sus, je fus certain

Que telle Était la secte des poltrons,

Fâcheux à Dieu et à ses ennemis.

 

Ces vauriens-là, jamais vivants jadis,

Etaient tout nus et moult aiguillonnÉs

Par grosses mouch’ et guêpes qui tournaient.

 

Elles rayaient leur visage de sang,

Et à leurs pieds ce sang mêlÉ de pleurs,

Vermine fastidieuse l’avalait.

 

Comme j’allais plus outre regardant,

Je vis des gens sur la rive d’un fleuve,

Si que je dis : « Maître, concède-moi

 

De savoir ce qu’ils sont, et quel humeur

Les rend si prompts à passer, semble-t-il,

Comme je le discerne à la lueur. »

 

Et lui me dit : «  Tu en sauras raison

Quand nous arrêterons nos pas ensemble

Sur la triste rivière d’AchÉron. »

 

Alors, les yeux vergogneux et baissÉs,

Craignant que mon propos ne l’importune,

Je m’abstins, jusqu’au fleuve, de parler.

 

Or voici devers nous venir en barque

Un grand vieillard, et blanc d’antique poil,

Criant : « Malheur à vous, mauvaises âmes !

 

Point n’espÉrez jamais de voir le ciel ;

Je viens vous transporter sur l’autre rive,

Dans la tÉnèbre Éterne, au feu, au gel.

 

Et toi qui es ici, âme vivante,

SÉpare-toi de ceux-ci qui sont morts ! »

Mais quand il vit que je ne m’Écartais,

 

Il dit : « Par d’autres voie, par d’autres ports,

Vas à la berge ; et point ici ne passe !

Faut un esquif plus lÉger à l’emport. »

 

Et mon duc, lui : « Caron, ne te courrouce,

C’est ce qu’on veut là-haut où l’on peut tout

Ce que l’on veut : n’en demande pas plus. »

 

Lors les laineuses joues se tinrent coites

Chez le nocher du livide palus,

Dont les yeux tors Étaient ourlÉs de flammes.

 

Mais ces âmes lassÉes, ces âmes nues,

Changèrent de couleur, des dents claquèrent,

Ayant à peine ouï ces phrases crues.

 

Ell’ blasphÉmaient contre Dieu et leurs pères,

Le genre humain, le lieu, le temps, le germe

De leur semence et leur enfantement.

 

Puis tout ensemble elles se retirèrent

Avec des pleurs vers la rive mauvaise

Qui attend tout mortel ne craignant Dieu.

 

Charon le diable, avec ses yeux de braise,

Leur fait un signe et les regroupe tous,

De sa rame battant qui prend ses aises.

 

Comme une à une à l’automne s’envolent

Les feuilles du rameau tant qu’à la fin

Il voit jetÉes ses dÉpouilles au sol,

 

Semblablement d’Adam le mauvais germe

Se jette un après l’autre du rivage

Comme l’oiseau fait au signal d’appeau.

 

Ainsi là s’en vont-ils sur l’onde brune,

Et même avant qu’ils ne soient descendus,

De ce côtÉ s’assemble une autre troupe.

 

« Mon fils, me dit alors mon courtois maître,

Tous ceux qui meur’ dans le courroux de Dieu

De toutes les contrÉes viennent ici

 

Et sont parÉs à franchir la rivière :

La justice de Dieu les Éperonne

Tant que leur crainte tourne en grand dÉsir.

 

De là ne passe donc nulle âme bonne ;

C’est pourquoi si Charon se plaint de toi,

Tu as saisi ce dont ses mots rÉsonnent. »

 

Et cela dit, la campagne assombrie

Trembla si fort que, sous cette Épouvante,

De sueur le souvenir m’en trempe encore.

 

La terre larmoyante Émit un souffle

Qui explosa de lumière vermeille,

D’où tous mes sentiments furent vaincus ;

Et je tombai comme un homme en sommeil.

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1# Les commentateurs (depuis Bocacce) se partagent sur l’identification de ce personnage. Plutôt que CÉlestin V, qui, ayant abdiquÉ cinq mois après son Élection, laissa la place au nÉfaste Boniface VIII, nous prÉfÉrons y voir Ponce Pilate.

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http://www.michelorcel.fr/

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Biografia di Michel Orcel

Michel Orcel è nato a Marsiglia. Dopo il liceo classico dai Gesuiti, si è laureato in Scienze Politiche all’Institut d’Etudes Politiques di Parigi, ma ha presto abbandonato la preparazione all’ENA per avviarsi in un cursus di Lettere e Scienze Umane alla Sorbona. Dopo un Master di Filosofia, ha conseguito il DEA di Studi islamici e, infine, ha ottenuto un Dottorato di ricerca in Italianistica, coronato da l’Abilitazione a dirigere ricerche dottorali (HDRD). Nel frattempo, è stato ricercatore presso l’Istituto Universitario Europeo di Firenze ed è stato “pensionnaire” presso l’Académie de France a Roma (Villa Medici, 1981-1983). Il suo insegnamento presso l’Università di Rennes, dove è stato docente alcuni anni gli ha permesso di sviluppare la sua ricerca sul Rinascimento (Cellini, Ariosto) e di creare una cattedra di Storia dell’opera italiana.

La sua opera letteraria, di una “classicità inventiva” (P. Oster), esplora quasi ogni campo dell’espressione letteraria (finzioni, poesie, viaggi, saggi, ecc), nutrendosi di una vasta attività di traduttore e di un assiduo esercizio della critica erudita (letteratura, opera, storia, religione …), che non è del tutto estranea alla sua esperienza di psicoanalista (è membro della SPF di Parigi). Jean-Pierre Richard, Jean Starobinski e altri critici (in particolare l’italianista Bernard Simeone) hanno giudicato la sua opera degna di essere studiata sotto il doppio profilo tematico e stilistico. Il suo lavoro di traduttore, che ha totalmente rinnovato in Francia la diffusione e lo studio dei grandi italiani (Ariosto, Tasso, Leopardi, Foscolo, etc.), gli ha consentito in particolare di vincere il Premio “Diego Valeri” (Città di Monselice), “Nelly Sachs (Premio europeo di letteratura e traduzione) e “Jules Janin” (Académie française). La sua biografia critica di Verdi (Verdi. La vie, le mélodrame, 2001, Grasset) è in Francia il lavoro più ampio e profondo sulla vita e le opere del maestro italiano. Questa imane attività nel campo della nostra cultura gli ha consentito di essere promosso nel 2009, con decreto del Presidente d’Italia, Commendatore dell’Ordine della Stella d’Italia.

Di ritorno da un soggiorno di parecchi anni in Marocco, ha fondato, con il giovane architetto parigino Noël Dominguez, le edizioni ARCADES AMBO, che sviluppano dall’inizio del 2015 un intensa attivita editoriale con ebooks e libri tradizionali (www.arcadesambo.com).  Michel Orcel pubblicherà nel 2016 un libro di prose intitolato La Destruction de Nice e un libro di traduzioni poetiche di varie lingue (Ô nuit pour moi si claire, La Dogana, Ginevra). Sta lavorando per lo stesso editore ginevrino a una traduzione radicalmente nuova della Divina Commedia, nonché a un secondo Livre de devises, nel quale prosegue la sua ricerca sull’emblematica.

Bio-bibliographie de Michel Orcel

Né à Marseille. Après des études classiques chez les Jésuites, il passe le diplôme de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, mais abandonne très vite la préparation à l’ENA pour se diriger vers les Lettres et les Sciences humaines à La Sorbonne. Après une maîtrise de Philosophie, il obtient un DEA d’Islamologie et soutient enfin un doctorat ès Lettres en Etudes italiennes, qui sera couronné par une Habilitation à diriger des recherches doctorales. Entre-temps, il a été chercheur àl’Institut Universitaire Européen de Florence, puis Pensionnaire à l’Académie de France à Rome (1981-1983). Son enseignement à l’Université de Rennes, où il a été maître de conférences quelques années lui a permis de développer ses recherches sur la Renaissance (Cellini, l’Arioste) et de fonder une chaire d’Histoire de l’opéra italien.

Son œuvre personnelle, d’un « classicisme inventif » (P. Oster), explore presque tous les champs de l’expression littéraire (fictions, voyages, essais, biographie, dictionnaire de devises, etc.), se nourrissant d’une vaste activité de traducteur et d’un exercice assidu de la critique savante (littérature, opéra, histoire, religion…), à laquelle n’est pas tout à fait étrangère son expérience de psychanalyste (il est membre de la SPF de Paris). Jean-Pierre Richard, Jean Starobinski et d’autres critiques (notamment le regretté Bernard Simeone) ont jugé son œuvre digne d’être étudiée sous le double aspect thématique et stylistique. Son œuvre de traducteur, qui a renouvelé en France le visage et l’étude des grands Italiens (l’Arioste, le Tasse, Giacomo Leopardi, Ugo Foscolo, etc.), lui a notamment valu les Prix “Diego Valeri »(Città di Monselice), “Nelly Sachs”(Prix Européen de Littérature et de Traduction), et“Jules Janin”(Académie française) ; sa biographie critique de Verdi (Verdi. La vie, le mélodrame, 2001, chez Grasset) fait désormais autorité ; ces dernières activités lui ont valu en 2009 d’être promu, par décret du Président de la République italienne, Commandeur dans l’ordre de l’Etoile d’Italie.

De retour d’une longue expatriation au Maroc, il a fondé, avec l’architecte Noël Dominguez, les éditions ARCADES AMBO, très actives depuis février 2015 (www.arcadesambo.com). Il publiera en 2016 un livre de proses intitulé La Destruction de Nice et un cahier de traductions de diverses langues : Ô nuit pour moi si claire (La Dogana, Genève). Il travaille pour le même éditeur à une traduction radicalement nouvelle de laDivine Comédie, ainsi qu’à un Second Livre des devises.

Fictions

  • N. N. ou L’amour caché, Grasset, Paris, 1989
  • Une baignoire à l’Opéra-Comique, Obsidiane, Paris, 1990
  • La Lunette de Stendhal, Grasset, Paris, 1991
  • Le Sentiment du fer, Grasset, Paris, 1994
  • Histoire d’une ascension, Le temps qu’il fait, Cognac, 1996
  • Mes Anges ou Comment j’ai écrit à Sophie Marceau, Libr. Tschann, Paris, 1996
  • Napoléon Promenade, Ed. du Rocher, Paris, mai 2007
  • Jardin funeste (version entièrement revue de La Chute d’Orlando Marin, 1984), ARCADES AMBO, Paris-Nice, 2015

 

Voyages

  • Les Larmes du traducteur, Grasset, Paris, 2002
  • Voyage dans l’Orient prochain, La Bibliothèque, Paris, 2004

 

Essais

  • Langue mortelle (Etudes sur la poétique du premier romantisme italien), L’Alphée, Paris, 1987
  • Trois Guerriers plus un, Le temps qu’il fait, Cognac, 1993
  • Italie obscure, Librairie Belin, Paris, 2001
  • Verdi. La vie, le mélodrame, Grasset, Paris, 2001
  • Le Livre des devises, Le Seuil, Paris, 2009
  • De la dignité de l’islam, Bayard, Paris, 2011
  • L’Invention de l’islam. Enquête historique sur les origines, Perrin, 2012

 

En préparation :

  • Le Second Livre des devises, à paraître chez ARCADES AMBO, Paris-Nice

 

Poésies

  • Le Théâtre des nues, L’Alphée, Paris, 1981
  • Les Liens, L’Alphée, Paris, 1982
  • Elégie, suivi de Parva domus, La Dogana, Genève, 1984
  • Destin, Le temps qu’il fait, Cognac, 1987
  • Odor di femina, Le temps qu’il fait, Cognac, 1989

Principales traductions

  • Le Sixième Tome du Moi d’Ugo Foscolo, L’Alphée, Paris, 1984
  • Dix Petites Pièces philosophiques de Leopardi, Le Temps qu’il fait, Cognac, 1985 (3e rééd. 2009)
  • Du « Zibaldone » de Leopardi, Le Temps qu’il fait, Cognac, 1987
  • L’Ultime Déesse de Foscolo, La Différence, Paris, 1989
  • Poésies de Michel-Ange, Imprimerie Nationale, Paris, 1993
  • Discours sur l’état présent des mœurs des Italiens de Leopardi, Allia, Paris, 1993
  • Trois Livrets pour Mozartde Da Ponte, Flammarion GF, Paris, 1994
  • Chants / Canti de Leopardi, Flammarion, Paris, 1995 (rééd. GF, 2005)
  • Roland furieux de l’Arioste, Le Seuil, Paris, 2000
  • Jérusalem libérée du Tasse, Gallimard Folio, Paris, 2002
  • Rimes et plaintes du Tasse, Fayard, Paris, 2002
  • Sourates et fragments du Coran, La Bibliothèque, Paris, 2009
  • Le Messager du Tasse, Verdier, Paris, 2012
  • La Beffa di Buccari de D’Annunzio, éd. La Bibliothèque, Paris, 2014

 

Pour paraître :

  • Ô nuit pour moi si claire, cahier de traductions, la Dogana, Genève, 2016

En préparation :

  • La Divine Comédie, à paraître aux éditions de La Dogana, Genève

 

 

Études et articles sur Michel Orcel

  • “Michel Orcel” in Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours, PUF, Paris, 2001
  • J. Starobinski, préface à : Langue mortelle (v. ci-dessus)
  • Id., préface à : Lorenzo da Ponte, Trois Livrets pour Mozart (v. ci-dessus).
  • J.-P. Richard, « L’Avant-Pays », in Terrains de lecture, Gallimard, Paris, 1996
  • J. Schwarz, Le Passage ou l’itinéraire d’un passeur en métamorphose dans “Les Larmes du traducteur” de Michel Orcel et “La Route de San Giovanni” d’Italo Calvino, Mémoire de maîtrise, Paris III, juin 2003.
  • B. Simeone, Le Phénix de la consolation, in “La Quinzaine littéraire” n° 651, 16-31 juillet 1994
  • B. Simeone, Une splendide errance, in “La Quinzaine littéraire” n° 769, 16-30 novembre 2000
  • B. Simeone, Verdi pessimiste et secret, in “Tageblatt-Bücher/Livres”, Luxembourg, 16 février 2001

 

 

 

 

 

 

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